Un territoire de douceur

A Rivarennes, l’alliance de la poire tapée et des vins de l’AOC Touraine-Azay-le-Rideau vaut le détour.

L’environnement de Rivarennes est paisible et attachant. Le calme et la sérénité semblent s’y être posés pour l’éternité. Ici, la quiétude s’étire dans les méandres de la vallée de l’Indre qui croise dans le coin celle de la Loire. Comme si cette quiétude refusait de quitter ce cocon où elle se glisse avec gourmandise dans un gant de soie et de paix. Mais c’est aussi  le royaume de la poire tapée que les gosiers gourmets aiment à faire descendre d’un coup délicat de chenin moelleux. Ce qui rappelle toujours les jolis parfums de fruits mûrs quand l’automne arrive.

Rivarennes et ses hameaux. Armentières, pour en retenir un, où l’on ne vient jamais par hasard. Ces endroits se méritent dans les plis et replis de ces paysages très doux. A côté de la poire tapée, le vin se fait, peu à peu, une place (appellation Touraine-Azay-le-Rideau), à partir de quatre cépages : chenin, donc, pour les blancs ; cabernet franc, côt et grolleau pour les rouges et rosés.

un chenin bientôt mûr photo le vin ligérien

un chenin bientôt mûr photo le vin ligérien

Le grolleau est d’ailleurs un véritable cépage autochtone puisqu’il est né à deux pas d’ici. Son histoire ? Il est signalé en Touraine pour la première fois en 1810, si l’on en croit le géologue Charles Frankel. Qui souligne que son patronyme serait un dérivé du mot grolle, héritage linguistique, lui, d’un vieux français, que l’on parle encore dans certaines campagnes, pour évoquer la corneille ou le corbeau. On se doute évidemment que s’il s’appelle grolleau, c’est parce que sa peau presque noire rappelle le plumage de l’oiseau. Ses premières cultures ont été relevées à la grande Gaudrière, autour d’un arbre, un peu comme une liane. Il fut planté par le fermier Lothion, à Mazières-de-Touraine, tout près de Cinq-Mars-la-Pile, entre Tours et Langeais.

Le grolleau, sans doute un descendant du gouais auquel on ne prête plus aucune attention aujourd’hui mais pourtant très courant au Moyen-âge, que l’on redécouvre vraiment aujourd’hui, présente, au-delà de ses qualités gustatives, l’intérêt de proposer de faibles degrés alcooliques, naviguant ainsi à contre-courant de la grande majorité des vins, dopés par le réchauffement climatique. Pour faire simple, le grolleau est un cépage qui donne des vins sans chichis ! Et qui permet de trinquer dans les caves – il y en a quatre-vingts ! – de la Rue Creuse, l’un des chemins qui montent sur le plateau d’Armentières.

un grolleau début septembre photo le vin ligérien

En revenant des Croisades…

Rivarennes, où la polyculture fut longtemps la règle, continue également de se tailler une réputation avec ses fameuses poires tapées pour lesquelles il faut remonter au XIè siècle, puisque c’est à ce moment-là que l’on a compris comment assurer le séchage des fruits. Aliénor d’Aquitaine, un siècle plus tard et par ses encouragements, n’étant pas pour rien dans le développement de cette technique, rapportée des Croisades. Ce fut aussi une diversification, comme on dit aujourd’hui, en regard du phylloxéra et de ses ravages dans les vignobles français du XIXè.

La technique de cette spécialité tourangelle des poires tapées ? On les pose sur une grille, la queue vers le haut. Elles restent alors plusieurs jours dans des fours à la bonne vieille chaleur du bois pour en sortir totalement sèches, un peu, finalement, comme des raisins de chenin qui, vendangés très tardivement lorsque les millésimes le permettent, se déshydratent sous l’action intense du soleil d’automne pour finalement ressembler à des raisins de Corinthe, a fortiori lorsque les brumes ligériennes leur offrent en sus cette pourriture noble, le botrytis cinerea, qui donnent les grands moelleux des bords de Loire que l’on connaît. Les poires sont ensuite platies avec une « platissoire ». Avant de retrouver un espace à nouveau chauffé pour terminer totalement dénuées de toute trace d’humidité.

La poire tapée, à Rivarennes, est une véritable institution – il existe même un musée – pour laquelle il faut absolument se laisser séduire. D’autant que les recettes ne manquent pas.

Musée de la Poire Tapée, rue des écoliers, 37190 Rivarennes. Tél : 02. 47.95 47.78. Courriel  :  maison.poiretapee@gmail.com

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