La confrérie des Chevaliers de La Chantepleure, à Vouvray, fête ses quatre-vingts ans cette année. A ce titre, son 124ème chapitre du dimanche 10 décembre revêtira les accents singuliers d’un anniversaire qui compte.

« Fiers de l’éternelle jeunesse et du rayonnement de leur confrérie, le Grand Maître et les dignitaires de l’Ordre de la Confrérie des Chevaliers de la Chantepleure vous invitent à assister … » Quand on reçoit cette invitation, on en a évidemment l’eau (le vin, plutôt) à la bouche. Car lorsqu’on s’intéresse un tant soit peu à la vie de la région, on sait que ce type de rencontres nourrit certes l’estomac, mais aussi l’esprit par l’échange entre des hommes et des femmes qui ont envie de se retrouve r autour d’une belle table pour un repas haut de gamme où l’on parle donc et où l’on chante.

Document remis par la confrérie de la chantepleure

A Vouvray, comme dans toutes les confréries d’ailleurs, on a en effet l’âme joyeuse, sous la conduite du Grand Maître, Daniel Allias, en l’occurrence, pour le Vouvrillon. L’invitation, outre les intronisations qui permettent d’alimenter par la suite le réseau d’ambassadrices et d’ambassadeurs du vignoble, fait largement saliver. Didier Edon, le chef étoilé des Hautes-Roches, à Rochecorbon, est aux manettes et quand on sait cela, bien sûr, on devine que le déjeuner ne manquera pas d’allure.

Didier Edon prépare depuis plusieurs années maintenant ce rendez-vous gastronomique de la Confrérie de la Chantepleure, qui réunit, chaque fois, plus de trois cents personnes dans les caves de la Bonne Dame, toujours pleine à ras-bord. Un véritable exploit que de servir autant de monde, qui plus est avec une exceptionnelle qualité de service. Comment le chef tourangeau réalise-t-il ce tour de force ? « Très simple. En fait, les bases sont toujours les mêmes », nous avait-il expliqué lorsque nous l’avions interrogé à ce propos. « Nous pensons d’abord à faire plaisir. Il faut ensuite de bons produits – quand je fais un bar, c’est toujours un bar de ligne – ainsi qu’une excellente organisation. Bien sûr, on doit soigner les accords et ça n’est pas le plus simple puisque l’ensemble du déjeuner est évidemment servi avec des vins blancs de Vouvray. » Une sélection de huit vins soigneusement établie auparavant pour accompagner autant de mets, sans fausse note.

Servir l’art de vivre tourangeau

Reste que le travail est intense pour toute l’équipe de Didier Edon : « Nous sommes une quarantaine sur pont le jour J : dont une dizaine en salle. Tout le monde le vit comme un vrai challenge. » L’ensemble, en plus, est servi chaud.  Preuve que rien n’est laissé au hasard.

Bref, ce rendez-vous annuel vaut le détour. Et il faut avoir entendu manager l’ensemble par le Grand-Maître Daniel Allias ! Conteur et chanteur, cet homme vous embarque les plus timides dans des chansons à boire et des rigolades simples. Il est ainsi l’héritier d’une longue tradition démarrée en 1937 sous l’impulsion de Charles Vavasseur, maire de Vouvray. Mais c’est Gaston Huet, grand vigneron, lui aussi maire de la commune en son temps, qui lui donna l’élan nécessaire, après la Seconde Guerre Mondiale, pour poursuivre sa route, tant sur le plan national qu’international, puisque la Confrérie de La Chantepleure essaime bien au-delà de nos frontières. Témoins, les délégations étrangères qu’elle reçoit chaque année lors de ce chapitre de décembre, notamment.  A charge pour ses chevaliers et dignitaires de rester « les gardiens de l’art de vivre tourangeau et de la promotion de ses vins, plus particulièrement ceux de Vouvray, et de sa gastronomie », explique-t-on encore à la confrérie. « Pour les mettre en valeur, ils suivent les préceptes de François Rabelais : ‘’Emplir l’âme de toute vérité, de tout savoir, de toute philosophie ‘’! »

Pour ce quatre-vingtième anniversaire, qui se prépare dans la confidentialité pour ménager les meilleures surprises à la table de la confrérie, aucune crainte à avoir : la journée sera mémorable !

Qu’est-ce que la chantepleure ?

C’est le robinet de bois (canelle) que l’on pose sur le fût pour tirer le vin. Lorsqu’on tourne la clé, dit-on du côté de Vouvray, « elle grince, elle chante et lorsque le vin coule, elle pleure des larmes de joie » D’où le nom de la confrérie : Chantepleure.